Entrainement & field-trial: toujours plus mais avec de moins en moins de perdreaux !

La sagesse à l'envol est une étape délicate mais obligatoire si vous comptez présenter votre chien en concours. Quand il s'agit des concours de gibier tiré, il est beaucoup plus facile de mettre en place un plan de travail logique et progressif. Dans ce cas, l'usage des boîtes d'envol sera d'un très grand secours puisqu'elles vous permettront de disposer les oiseaux où vous le souhaiterez sur votre terrain. Vous choisirez également le moment exact de l'envol et la distance à laquelle vous vous trouverez de votre élève à cet instant crucial. Vous pourrez même décider de donner les premières leçons au cordeau.  Bref, c'est vous le metteur en scène d'un film que vous pouvez revoir autant de fois que vous le voulez... La préparation du chien de printemps qui doit arrêter des perdrix sauvages est plus compliqué car il faut disposer d'un bien précieux : des oiseaux.

Sans boîtes d'envol et en présence d'oiseaux sauvages, il en est alors tout autrement : tout d'abord, il faut une très bonne densité d'oiseaux pour répéter les mises en présence et aussi de bonnes conditions de terrain et de météo pour travailler dans les meilleures conditions possibles. Lâcher un jeune chien dans les plaines rases de janvier avec un vent du nord et des perdreaux peu enclins à se laisser arrêter n'est pas la meilleure méthode pour obtenir de bons résultats.

Un blé, un colza, une luzerne d'une dizaine de centimètres de haut avec un léger vent d'ouest sont les conditions idéales pour mettre de jeunes sujet en présence de couples de perdrix sauvages. Deux ou trois mises en présence sont nécessaires à chaque sortie et il faut donc disposer d'environ une vingtaine de couples pour cent ha pour obtenir ce résultat avec un parcours d'une quinzaine de minutes environ. Avec une équipe de 10 chiens, il faut un territoire d'une surface minimum de 1000 ha avec cette densité.

Toutes ces conditions ne sont pas toujours faciles à réunir selon la région où vous trouvez. Le calendrier des concours de printemps, la météo, la qualité des terrains et la difficulté à obtenir des autorisations d'entraînement poussent la plupart des dresseurs professionnels hors de France. Pour la majorité, ce sera l'Espagne et l'Andalousie avec de très grosses densité de perdrix rouges, pour d'autres la Grèce avec des perdrix grises ou encore la Serbie ou la Croatie selon la météo.

Dans ces pays, les densités d'oiseaux sont souvent importantes et l'avancée de la végétation permet de multiplier les mises en présence jusqu'au moment ou 1/ Le chien rencontre des oiseaux et les poursuit 2/ Le chien commence à les arrêter et continue de les poursuivre. 3/On arrive a approcher le chien et à le maintenir sage à l'envol.

Très souvent de la patience et de bonnes jambes sont suffisantes pour régler la sagesse à l'envol en douceur avec une simple laisse.

L'amateur n'a pas la possibilité de partir entraîner dans ces petits paradis pour trialisant et devra attendre fin mars début avril pour retrouver ces mêmes conditions avec souvent beaucoup moins d'oiseaux.

Il lui reste encore la possibilité de dresser son chien à l'automne sur faisan. Un chien sage sur faisan sera sage sur tous les autres oiseaux. Mis au bouton, il suffira de quelques mises en présence sur perdrix pour qu'il puisse participer et se classer en quête de chasse. Ce même chien pourra aussi participer à des concours sur bécasses en hiver si on prend soin de le créancer pendant l'hiver mais cette saison la bécasse se fait elle aussi bien rare... Bien entendu, ce n'est pas l'idéal mais faute de grives, on mange du ... Faisans !

Il y a encore vingt ans la très grande majorité des dresseurs français entraînaient en Beauce ou dans le nord de la France pour ceux qui étaient installés dans ces régions. On comprend parfaitement que l'Espagne permet de travailler en février dans les meilleures conditions mais de retour en France en mars on commence à voir de plus en plus de dresseurs arriver dans le nord et l'est pour continuer d'entraîner, délaissant les grandes plaines de Beauce déjà abandonnées des perdrix. Certains professionnels habitent même ces régions du sud de Paris et émigrent vers l'Oise, la Somme, le Nord et le Pas de Calais ou encore la Marne.

Aujourd'hui, tout le monde part à l'étranger et on commence à se demander si certains concours de début de saison sont encore viables au vu des faibles densités d'oiseaux proposés. Certains dresseurs commencent à parler d'aller présenter en Pologne ou en Serbie plutôt que de faire des PO (pas d'Occasion) en France. Les italiens organisent leur championnat en Serbie : à quand un championnat français dans un pays de l'est...On s'en approche à grand pas !

Aujourd'hui, certains organisateurs de concours n'ont plus assez de terrains et surtout d'oiseaux pour accepter tous les engagements : il faut parfois engager dès début février pour mi avril. D'autres sociétés canines donnent la priorité aux concurrents qui ont participé à leurs concours d'automne.

Tout cela est de mauvaise augure pour les années à venir aussi bien pour les amateurs de field-trial que pour les chasseurs.

Thierry Hamon
Dresseur professionnel