Vrai ou faux

  1. Les chiennes chassent mieux que les chiens

  2. Laisser un chien rapporter trop jeune peut l'inciter à ne plus arrêter

  3. Plus un chien arrête le gibier de loin, plus il a de nez

 

1. VRAI et FAUX.

C'est une idée assez répandue chez les chasseurs qui désirent acquérir un chiot. Par contre, tous ceux qui recherchent un chien débourré ou dressé préfèrent porter leur choix sur un mâle.

Le sexe influe d'une certaine façon sur la valeur d'un chien de chasse. En effet, dans la nature, une femelle doit obligatoirement chasser pour nourrir sa portée, alors que le mâle agit beaucoup plus pour son propre compte. Il est plus autonome et ainsi, peut être amené à prendre plus de risques pour capturer ses proies tandis que la femelle est plus opportuniste et a toujours le souci de se préserver et par là même de protéger ses petits.

De ce fait naturel, la chienne est souvent très proche de son maître et chasse pour lui alors que le mâle a tendance a travailler pour son propre compte. Une fois dressé, le caractère dominant et indépendant du mâle est une qualité très recherchée par les amateurs de field-trial car pour cette raison, le très grand chien sera très souvent un mâle même si de temps en temps on rencontre certaines femelles qui ont de vrais caractères de mâle comme par exemple chez les braques allemands.

En réalité, dans la nature, pour perpétuer l'espèce et surtout ses qualités, il faut beaucoup de bonnes reproductrices et très peu de mâles mais exceptionnels. Au fil du temps et des repas de chasse, les chasseurs se sont imprégnés de ces deux raisons qui leur font très souvent préférer l'acquisition d'un chiot femelle : optimiser les chances d'avoir un bon chien qui a du contact.

Les femelles présentent pourtant un défaut majeur : leur sexe. Les hormones sont l'ennemi du chasseur et du présentateur de field-trial : qui n'a pas eu sa chienne en chaleur le jour de l'ouverture, qui n'a pas fait forfait sa meilleure trialer pour cause de montée de lait ?

Deux fois par an, le même cycle se répète. Une semaine avant ses chaleurs, elle est surexcitée et galope comme jamais, presque intenables pour certaines, elle en oublie les perdreaux. Cette phase dure jusqu'à l'arrivée des premières gouttes de sang qui annonce un coup de fatigue brutal : elle semble bientôt épuisée et ne courre presque plus. Dès que la saillie est passée, elle reprend quelques forces mais plus l'heure de la mise bas approche et plus elle évite les efforts violents qui pourraient mettre en danger sa gestation. Deux mois plus tard, c'est l'heure de l'allaitement et donc de la prudence car elle sait que toute sa portée dépend d'elle et de l'abondance de son lait. C'est le temps des faux arrêts : expression même d'une prudence exacerbée. Après 4 ou 5 semaines, c'est le moment du sevrage et il faut bien chasser pour nourrir tout ce petit monde. A cet instant précis, la chienne devient une redoutable chasseresse, opportuniste et infatigable. Toutes ces phases ont lieu que la chienne ait ou pas des chiots, si bien que tout compte fait, elle est au meilleur de ses moyens que quatre mois par an.

Quand on achète un chien dressé ou débourré, on peut juger de ses qualités sur pièce, contrairement à un chiot et c'est sans doute pourquoi les chasseurs qui veulent acquérir un chien prêt à chasser préfèrent souvent un mâle : ils sont certain d'avoir un bon chien toute l'année et avec un peu de chance, peut-être un crack.

 

2. FAUX

C'est une idée fausse fortement répandue chez les chasseurs et parfois même chez certains trialisants. Certains chiens arrêtent de très loin et il faut les faire couler  30 à 40 mètres avant de voir les oiseaux voler. Très souvent, cette action très spectaculaire pour le néophyte, intervient sur du gibier sauvage qui piète.

Dans ce cas, il faut vérifier si ce même chien est capable de rééditer un tel exploit sur du gibier d'élevage. Un faisan posé ou endormi, arrêté à une cinquantaine de mètres alors que les meilleurs chiens les arrêtent à 7 ou 8 mètres serait de l'ordre du miraculeux. C'est rarement le cas et le prodige arrête à peu près à la même distance que les autres. Il faut donc bien se rendre à l'évidence, cet arrêt de longueur a été provoqué par les places chaudes ou les pistes des oiseaux qui se défilaient devant lui et qui ont fini par voler dans l'axe après ce long coulé. C'est plus sûrement un manque de décision qu'une puissance de nez au dessus de la moyenne

A propos du coulé, je citerai Jean-Claude Darrigade, juge de grande quête : «  Il faut savoir que le coulé est une rectification d'une mauvaise appréciation du chien de la place exacte des oiseaux. Les très grands chiens n'ont généralement pas besoin de couler. » .

Tout est dit.

En réalité, la longueur du coulé du chien indécis est égale à la longueur de la remontée d'émanation qu'aurait effectué un grand chien dans les mêmes conditions.

Ce chien qui arrête de très loin a donc une excellente puissance de nez mais il l'utilise mal soit par manque d'intelligence, soit à cause de fautes de dressage. La longueur de la remontée d'émanation est un bien meilleur indice pour évaluer la puissance de nez mais certaines races donnent parfois peu d'indications au moment exact où ils ont connaissance des oiseaux. Parfois, dans le meilleur des cas, un léger petit coup de tête dans le vent, puis plus rien avant l'arrêt.

Un chien qui bloque tous ses oiseaux sans les faire voler et qui n'en oublie jamais a forcément un grand nez : c'est parfois la seule explication.

 

3. FAUX

Arrêt et rapport sont deux actions complémentaires et non contradictoires. Le chien arrête dans le but de tenter de s'emparer d'un gibier dont il suppose les qualités physiques supérieures aux siennes : L'oiseau vole et la plupart du gibier à poil est plus rapide que lui. L'arrêt lui permet d'être au plus près de sa proie pour bénéficier d'un effet de surprise avant que celle-ci s'envole ou atteigne sa vitesse de pointe. C'est un acte instinctif que l'on retrouve chez certains félins. Le rapport est un acte appris ou conditionné par le dressage ou l'atavisme : ce n'est pas une stratégie de chasse.

En réalité, si un chien casse son arrêt, c'est qu'il estime être en mesure de capturer sa proie sans l'arrêter et peu importe s'il rapportera ou pas celle-ci, il lui suffit de s'en emparer pour satisfaire son instinct de chasseur.

Il y a deux cas de figure :

1/ il casse son arrêt et attrape son gibier avant même que celui-ci n'ait pu s'enfuir. Bref, il se sert tout seul mais continue d'arrêter parce l'arrêt fait toujours partie de sa stratégie de capture.

2/ Il n'arrête plus et met l'oiseau à l'envol pour le poursuivre et finit par s'en saisir quand celui-ci va se reposer.

Dans le premier cas, tout a commencé avec quelques oiseaux d'élevage endormis peu enclins à voler et le jeune chien s'est vite aperçu qu'il lui suffisait de les arrêter puis de les « choper » à terre pour pouvoir ensuite les tuer, ce qui est l'objectif final de tout prédateur. Accessoirement, il rapportera.

Dans le deuxième cas, les oiseaux sont plus réveillés que les précédents et le chien s'aperçoit très vite qu'il est incapable de « choper » l'oiseau après l'avoir arrêté mais par contre, à chaque course sous l'aile, il est parvenu à l'attraper à la repose. Parfois à la première, parfois à la deuxième mais sa conclusion est logique : il faut faire voler le gibier, le poursuivre pour le fatiguer et pouvoir enfin s'en emparer quand il se pose. Encore une fois le rapport est accessoire et dépend soit de son dressage, soit de son atavisme.

Dans les deux cas, ce n'est pas le rapport qui a cassé l'arrêt du chien mais quelques rencontres avec du gibier de mauvaise qualité. Ce genre de situation ne se produit jamais avec du gibier sauvage. L'oiseau se laisse arrêter mais s'envole si le chien marche sur son arrêt et s'enfuit définitivement hors de sa portée.  Il n'y a rapport que si le chasseur tire l'oiseau. Très rapidement, le chien assimile que s'il arrête, le gibier est tiré et qu'il peut le rapporter. Le rapport renforce l'arrêt.

En conclusion, le rapport en lui-même ne nuit pas à l'arrêt sauf si le gibier n'est pas d'excellente qualité, c'est-à-dire très volant ou sauf si l'on tire des oiseaux non arrêtés par son chien.