Leveurs de gibier et obéissance

L'obéissance parfaite n'est pas forcément une nécessité absolue pour utiliser un chien d'arrêt, il suffit souvent d'un assez bon contact avec le chasseur et surtout d'un arrêt très ferme pour tirer son épingle du jeu même si l'on est pas un spécialiste de la conduite des chiens. Dans ce cas, c'est la qualité du chien qui l'emporte sur le dressage. Beaucoup de bécassiers procèdent de cette façon, ce qui a l'avantage de laisser beaucoup d'initiative à leurs auxiliaires et donc plus de chances de rencontres.

Avec un leveur de gibier comme un springer ou un cocker voire même un labrador quand il est utilisé de cette manière, il en est tout autrement. La moindre sortie de main, la moindre embardée sont des risques majeurs de se retrouver systématiquement hors de portée du gibier levé. Je dis bien levé et non pas arrêté ! C'est très souvent ce qu'oublient les nouveaux acquéreurs de ces broussailleurs, retrievers et autres leveurs de gibier.

Avec un bon braque allemand à l'arrêt de marbre, la cloche finit souvent par se taire et l'on dispose alors du temps nécessaire pour s'approcher et servir proprement ce qui a commencé par être une belle désobéissance.

Il est donc impératif qu'un springer chasse autour de son maître et ne dépasse jamais la portée efficace du fusil c'est à dire une trentaine de mètres. Il est aussi très important qu'il reste toujours à vue et donc qu'il apprenne à restreindre sa quête dans le couvert dense. Un dressage strict au rappel est la clef du succès pour remplir ces deux conditions.

Les créateurs de ces races ont aussi bien fait les choses car ces chiens sont souvent des « hybrides » : ce sont tantôt les pistes, tantôt les émanations directes qui les motivent et conditionnent leur vitesse. En effet, c'est la grande caractéristique d'un springer ou d'un cocker : il est tout à la fois capable d'éventer un faisan mais aussi de pister un lapin à la ronce. Cette double fonction est une particularité olfactive originale et unique car comme chacun sait le grand arrêteur de haut nez est rarement un grand retriever et vice versa.

Attentif aux émanations aussi bien qu'aux pistes, la progression de notre springer est donc forcément moins rapide que celle d'un fringant pointer qui traverse le paysage à la vitesse du vent sans jamais un regard pour ce qui l'éloigne du ciel : le sol.

L'autre danger lorsque l'on chasse avec ce genre de chien c'est aussi le comportement du gibier qui peut l'amener à la désobéissance. En effet, il suffit d'un coq faisan qui courre en lisière de bois ou d'une perdrix qui file à patte dans les betteraves pour se retrouver très vite à 80 mètres de son chien qui nez collé par terre remonte La piste à la vitesse d'un bulldozer qui aplatit tout sur son passage. Au moment de l'impact, du flush, il y a longtemps que le chasseur a compris que pour cette fois c'est « buisson creux ».

Seul le dressage permet de contrôler une telle situation.

La première leçon est donnée avec l'apportable. On envoie le chien au rapport et dès qu'il est à 10 mètres on le bloque au commandement : « SIT ». Normalement, le chien s'immobilise en position assise. On s'approche de lui et on le relance au rapport.

Après quelques séances et en plaçant l'apportable à une trentaine de mètres du chien, on peut l'immobiliser deux ou trois fois avant de le laisser rapporter.

Si le chien ne s'immobilise pas à l'ordre « SIT », il faut le bloquer le ramener à la place où il aurait du le faire (voir articles précédents sur l'immobilité à l'ordre avec le collier de dressage).

L'étape suivante consiste à utiliser une pièce de gibier morte à la place de l'apportable et à répéter ce même travail.

La dernière étape qui va corresponde au plus près à une situation réelle de chasse sera de lâcher un faisan entravé dans du couvert et de le laisser filer à pattes. Deux à trois minutes plus tard, le chien va très vite prendre la piste du faisan et la remonter rapidement ; Dès qu'il est à 25 mètres de vous bloquer le au « SIT », approchez-vous de lui et relancez-le ; dès qu'il se retrouve à 25 mètres de vous, bloquez-le à nouveau, puis relancez-le. Opérez de cette façon jusqu'au moment où le chien va arriver à attraper et à vous rapporter le faisan en se trouvant à moins de 25 mètre de vous.

L'ultime situation consiste enfin à lâcher un faisan non entravé dans du couvert et à bloquer son chien dès qu'il est à plus de 25 mètres jusqu'au moment où il est en mesure de vous le lever à bonne portée de tir. Une sagesse à l'envol et au feu exemplaire suivi d'un rapport parfait et ce sera une excellente séquence de chasse au springer que vos pourrez appliquer sur tout type dxe runners.

Thierry Hamon